Burkina Faso : la stratégie Traoré pour une plus grande emprise sur son or

Jules Boa
Jules Boa septembre 8, 2025
Updated 2025/09/08 at 9:40 AM

Le Burkina Faso change sa façon de gérer son or. Avec l’approche « à la Traoré », Ouagadougou cherche à avoir plus de contrôle sur ses richesses en or, en négociant avec les entreprises.

Le Burkina Faso prend une direction importante concernant la gestion de son or. Contrairement à des pays comme le Mali et le Niger, qui ont choisi de retirer des permis miniers de manière assez radicale, Ouagadougou opte pour une stratégie plus modérée. Sous l’impulsion du capitaine Ibrahim Traoré, le gouvernement veut renforcer son emprise sur l’économie, tout en gardant ses partenaires étrangers. L’exemple de la mine de Kiaka, exploitée par la société australienne West African Resources (WAF), montre bien cette idée. À peine deux mois après avoir produit son premier lingot, l’entreprise a reçu un message officiel du ministre de l’Énergie, des Mines et des Carrières, Yacouba Zabré Gouba, qui disait que l’État souhaitait acquérir 35 % de plus dans le capital de la filiale. Cette démarche montre une volonté claire : avoir plus de contrôle sur les richesses en or du pays, sans pour autant rompre brutalement avec les investisseurs internationaux.

Entre les choix radicaux de la région et le pragmatisme burkinabè

Alors que certains pays voisins ont choisi de se séparer des compagnies étrangères, le Burkina préfère rééquilibrer les choses. L’approche « à la Traoré » n’a pas pour but de faire fuir les capitaux étrangers, mais de renégocier les accords pour que l’État en tire plus de bénéfices. Avec une telle participation, Ouagadougou pourrait avoir son mot à dire dans les décisions importantes, assurant ainsi une influence déterminante dans la gestion des mines. Cette démarche montre un équilibre entre l’affirmation de la souveraineté et le maintien d’un climat favorable aux investissements.

Une stratégie motivée par l’urgence de la sécurité et de l’économie

Ce changement s’explique en grande partie par la situation du pays. Confronté à une crise sécuritaire persistante et à des finances publiques fragiles, le Burkina Faso cherche à tirer le meilleur parti de l’or, qui représente déjà plus de 15 % de son économie. L’objectif est double : gagner plus d’argent pour soutenir la lutte contre le terrorisme et répondre aux attentes de la population, qui se plaint depuis longtemps du manque de retombées locales face à l’exploitation intensive par les multinationales. En renforçant sa présence dans le capital des mines, le gouvernement espère apaiser les frustrations et redonner confiance dans la gestion des ressources du pays.

Des signaux clairs envoyés aux compagnies minières

L’exemple de Kiaka sert d’avertissement aux entreprises internationales. Le Burkina Faso n’est pas contre la coopération, mais il impose désormais des conditions plus strictes, basées sur la transparence, un partage équitable des revenus et une gestion conjointe. Le message est clair : les contrats déséquilibrés appartiennent au passé. Cependant, le succès de cette « souveraineté négociée » dépendra de la capacité des autorités à trouver le juste milieu. Une trop grande fermeté pourrait décourager les investisseurs, déjà inquiets par le contexte sécuritaire, tandis qu’un excès de souplesse risquerait d’affaiblir la crédibilité de ces réformes.

Vers une nouvelle façon de voir le secteur minier

Avec la mine de Kiaka comme test, le capitaine Ibrahim Traoré montre sa volonté de marquer l’histoire économique du Burkina Faso. En essayant de combiner souveraineté nationale et maintien de l’investissement étranger, son gouvernement ouvre un nouveau chapitre dans la gestion des ressources minières. Il reste à voir si cette méthode originale saura convaincre les investisseurs et répondre aux attentes d’une population qui réclame depuis longtemps une gestion plus juste de l’or burkinabè.

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