Carburant en Côte d’Ivoire : de 570 à 905 F CFA le litre, dix ans d’une hausse qui ne dit pas son nom

Jules Boa
Jules Boa août 1, 2026
Updated 2026/08/01 at 1:28 PM

En dix ans, le litre de super sans plomb a augmenté de près de 60 % en Côte d’Ivoire. Le 1er août 2026, la Direction Générale des Hydrocarbures a officialisé un nouveau pic à 905 F CFA le litre. Retour sur une trajectoire qui ne doit rien au hasard.

À Abidjan, les stations-service n’affichent pas les débats. Elles affichent les prix. Et depuis plusieurs années, ces prix montent. Le 31 juillet 2026, le ministère des Mines, du Pétrole et de l’Énergie a signé l’arrêté N°1686/MMPE/DGH/SESES/Akar : le litre de super sans plomb passe de 875 à 905 F CFA, tandis que le gasoil passe de 700 à 725 F CFA. Une hausse de 30 F CFA sur l’essence et de 25 F CFA sur le gasoil. Modeste en apparence, mais considérable lorsqu’on l’observe sur la durée.

2016 : le point de départ documenté

Les données disponibles sur les prix ivoiriens du carburant remontent à août 2016, où le litre de super sans plomb s’établissait à 570 F CFA (KOACI). C’est le niveau de référence documenté. À cette époque, les cours mondiaux du pétrole brut évoluaient à des niveaux historiquement bas, permettant à la Côte d’Ivoire de maintenir des prix relativement contenus à la pompe.

Pour la période 2010-2015, les données précises demeurent difficiles à vérifier officiellement. Plusieurs sources de presse ivoiriennes situent toutefois le prix du super entre 550 et 650 F CFA selon les périodes.

2022 : le mur de la guerre

Le véritable tournant intervient en 2022. Pour la période allant du 1er au 30 juin 2022, le super sans plomb est fixé à 735 F CFA le litre et le gasoil à 615 F CFA.

Entre-temps, la guerre russo-ukrainienne bouleverse le marché mondial des hydrocarbures. Face à cette flambée des prix internationaux, le gouvernement ivoirien décide d’amortir le choc.

De janvier à avril 2022, l’État mobilise environ 120 milliards de F CFA de subventions afin de préserver le pouvoir d’achat des ménages. Entre janvier et septembre 2022, cet effort atteindra 750 milliards de F CFA, selon Worldcanalinfo. Un soutien budgétaire exceptionnel qui ne pouvait être maintenu durablement.

2023 : la fin progressive du bouclier

À partir de 2023, les ajustements deviennent plus marqués.

En janvier, le super est fixé à 775 F CFA et le gasoil à 655 F CFA le litre (Bilan). Un mois plus tard, une nouvelle hausse de 40 F CFA porte le super à 815 F CFA.

Puis vient octobre 2023. Le super passe de 815 à 875 F CFA, tandis que le gasoil grimpe de 655 à 715 F CFA, soit une augmentation de 60 F CFA pour chacun des deux carburants.

Selon les explications avancées par les autorités, cette évolution résulte notamment des effets persistants de la guerre en Ukraine et de la réduction volontaire de la production décidée par les pays membres de l’OPEP+, qui a contribué à maintenir des cours élevés du pétrole brut sur les marchés internationaux.

2025-2026 : des respirations de courte durée

L’année 2025 offre un léger répit. En novembre, le litre de super recule de 830 à 820 F CFA, soit une baisse de 10 F CFA (Auto24). Une correction limitée qui sera rapidement effacée.

En mai 2026, le prix repart fortement à la hausse pour atteindre 875 F CFA sous l’effet du renchérissement du pétrole sur les marchés internationaux (Auto). Cette remontée intervient dans un contexte de fortes tensions géopolitiques, marqué notamment par les perturbations affectant le détroit d’Ormuz, principal point de passage du commerce mondial des hydrocarbures (Agence de Presse Africaine).

Le 1er août 2026, un nouveau seuil est franchi.

Conformément à l’arrêté N°1686/MMPE/DGH/SESES/Akar du 31 juillet 2026, les prix maxima applicables deviennent :

  • Super sans plomb : 905 F CFA/litre
  • Gasoil moteur : 725 F CFA/litre
  • Pétrole lampant : 780 F CFA/litre

Ce que disent les chiffres :

En dix ans de données documentées, le super sans plomb est passé de 570 à 905 F CFA le litre, soit une progression de près de 59 %.

Durant cette période, le mécanisme ivoirien de fixation mensuelle des prix, directement indexé sur l’évolution des marchés internationaux, s’est imposé comme le principal déterminant des tarifs pratiqués à la pompe. Dans le même temps, les capacités de l’État à absorber durablement les chocs par des subventions massives se sont progressivement réduites.

La dernière hausse, entrée en vigueur le 1er août 2026, s’inscrit ainsi dans une trajectoire de long terme où les fluctuations du marché mondial continuent d’influencer directement le quotidien des consommateurs ivoiriens.

La prochaine révision tarifaire dépendra, une fois encore, de l’évolution des cours internationaux du pétrole. Mais une chose apparaît déjà clairement : la courbe des prix du carburant en Côte d’Ivoire raconte, à elle seule, une partie des grandes mutations énergétiques et géopolitiques de ces dix dernières années.

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