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Dossiers | Énergie renouvelable : La réduction de l’empreinte carbone, stratégie de pénétration et de financement des marchés énergétiques en Afrique

Par Tidiane COULIBALY, Analyst PPP Infrastructure & Energie,

La récente crise sanitaire du COVID-19 s’est traduite sur le plan énergétique par une confirmation des inquiétudes vis-à-vis des dispositifs mis en place par les Etats Africains afin d’assurer leurs transitions vers des énergies propres dite “décarboniser”.

Durant cette période qui a laissé apparaître la capacité de résilience des pays africains, la question d’une économie intensive en carbone a été au centre de plusieurs débats, malgré un pourcentage d’émission mondial de 4% en 2019, faisant de l’Afrique un petit pollueur. Cependant, l’Afrique avec son énorme potentiel énergétique est avec l’Asie, l’un des continents les plus vulnérables aux changements climatiques et c’est en cela que les pays aux influences grandissantes comme La Chine, leader mondiale de l’Énergie renouvelable développe des stratégies d’acquisitions et d’implantations basées sur sa capacité financière à mobiliser les fonds tout en assurant la faisabilité et l’exécution de projet énergétique aux travers d’entreprises d’Etats composées pour la plupart d’une main d’œuvre chinoise. Selon l’Agence de l’Energie, La Chine pourrait financer près de 200 projets dans le domaine des énergies renouvelables en Afrique Subsaharienne, avec en prévision, un mégawatt africain sur deux dans son portefeuille à long terme.

Les chinois ont au fil du temps réussi à développer une coopération énergétique à deux volets avec les pays du continent. Disposant d’une importante réserve de change de plus de 1900 milliards de dollars, l’empire du milieu diversifie sa politique d’investissement à l’étranger et négocie des contrats d’exploitations allant sur plusieurs années. En Ouganda, le groupe d’entreprise d’Etat chinois China Energy Engineering Corporation (CEECdéveloppera un projet d’énergie solaire photovoltaïque de 500 MWc, au niveau opérationnel, c’est la China Gezhouba Group Company Limited (CGGC) qui se chargera des installations pour un investissement total de 287,5 millions de dollars sur 3 ans.

Se voulant être acteur de la transition énergétique en Afrique, La Chine, l’un des plus grands producteurs et exportateurs de charbon dans le monde participe dans le même temps aux financements de plusieurs centrales à charbon en Afrique, faisant d’elle l’une des sources de développement des énergies fossiles comme le démontre la centrale thermique de Sengwa au Zimbabwe estimé à 3 milliards de dollars pour 2800 mégawatts qui bénéficie d’un important financement chinois, à cela, s’ajoute un marché parallèle qui se crée entre Pékin et Harare avec l’afflux de produits PV (Photovoltaïque) de qualité inférieure qui se dégradent en produisant moins d’électricité, et ralentit le rêve d’indépendance énergétique des populations rurales dans cette partie de l’Afrique.

Cependant, la Chine dans sa politique d’intégration des marchés africains à compris le caractère long termiste des investissements énergétiques, de ce fait, elle développe via des coentreprises sino-africaines des projets de centrales thermiques qui nécessite des infrastructures ex-nihilo avec en prime la dépendance au charbon chinois pour un fonctionnement efficient. En Côte d’Ivoire, la China Energy Engineering Corporation (CEEC) et la société Star Energie 2073 ont signé,  le  20  août  2016  à  Pékin,  un  accord  de  production d’électricité en Côte d’Ivoire, ceci, en vue de la construction d’une centrale thermique de 372 MW en cycle combiné à Songon, dans la banlieue d’Abidjan. Cette centrale devrait être essentiellement constituée de deux turbines à combustion et d’une turbine à vapeur, le tout, pour un investissement estimé à 367 millions d’euros (415,4 millions $) financé notamment à 75% par la China Construction Bank (CCB).

Mêlant ainsi promotion de son charbon par l’énergie fossile aux objectifs de transition énergétique de l’Afrique, un consortium d’entreprises chinoises (la CGGC, la Sinohydro Corp. Ltd, et la CGCOC Group Co. Ltd) construira le plus grand barrage hydroélectrique du Nigéria, un pays à forte démographie où l’électricité participe fortement à l’activité économique, et c’est encore la China Gezhouba Group Corp (CGGC) qui se chargera de la construction de ce barrage de 3.050 mégawatts d’un coup de 58 milliards de dollars à Mambilla (Est Nigeria) et financé à 85% par EximBank. Dans l’extrême-sud de l’Afrique, la centrale éolienne de De Aar dans la province sud-africaine de Cap-Nord est officiellement entrée en service en novembre 2017. Il s’agit du premier projet éolien en Afrique dont l’investissement, la construction et la gestion ont été pris en charge par la Chine. Ce projet peut générer 600 GWh d’énergie verte chaque année en satisfaisant la demande électrique de 85.000 habitants locaux. Cela équivaut à économiser 215.800 tonnes de charbon standard et à prévenir l’émission de 619.900 tonnes de gaz carbonique chaque année.

Au détriment de ces nombreux investissements à deux vitesses revient la question de la crédibilité et des avantages de cette politique de financement intensive pour les Africains que nous sommes.

Cette dépendance aux énergies fossiles ne rend-t-elle pas nos États vulnérables sur le long terme ?  Ne remet-elle pas en cause notre sécurité  énergétique  et  le  caractère accessible et abordable de l’énergie pour les populations? L’intention de nos Etats d’atteindre un mix-énergétique qui fait la part belle aux énergies renouvelable d’ici 2030 est -il possible dans un contexte où la volonté politique ne s’y prête que si les pays comme la Chine ou les MDBs (MultilateralDevelopment Banks, Ex : BAD, Banque Mondiale) qui alignent leurs termes de référence sur les objectifs  de  l’accord  de  Paris  concernant  la  réduction  des  GES,  DFIs  (National Development Financial Institutions, Ex: BID), DFs (Development Funds Early Stage Ex: InfraCo) s’associent à l’initiative?

A Noter que la récente pénurie chinoise en électricitésoulève également la question du statu quo mis sur l’ensemble de la chaîne des valeurs des projets financés par la chine. L’approvisionnement en matériaux de construction venant des industriels chinois, il faudra anticiper les retards de livraisonsur les projets d’infrastructures économiques et socialesengagés en Afrique et causé par le rationnement de l’électricitéen cours quand on sait que certains pays africains comme le Djibouti ont littéralement confié leurs politiques de développement à l’empire du milieu.

En septembre 2015, le président Chinois a proposé la création d’une interconnexion énergétique mondiale au Sommet de l’ONU sur le développement, cette initiative a été hautement saluée et soutenue par les dirigeants africains.« La construction de l’interconnexion énergétique africaine fera avancer le développement et l’exploitation des énergies propres de l’Afrique à grande échelle », a indiqué le président guinéen Alpha Condé en marge du Sommet du Forum sur la coopération sino-africaine (FCSAen septembre dernier à Beijing.

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