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ENI a placé l’Afrique au cœur de sa stratégie de transition énergétique

La major pétrolière et gazière italienne ENI, qui dispose d’un réseau unique et de plus de 60 ans d’expérience en Afrique, place le continent au cœur de sa stratégie de transition énergétique.

Claudio Descalzi a rencontré de nombreuses personnes en avril, dont le président Abdel Fattah al-Sissi au Caire, Bruno Itoua, le ministre congolais des hydrocarbures, à Brazzaville, et Toufik Hakkar, le PDG de Sonatrach, à Alger. En effet, le PDG d’ENI a signé de nombreux contrats, toujours sous l’œil vigilant soit du premier ministre italien Mario Draghi, soit de Luigi Di Maio, le ministre des affaires étrangères.

La compagnie pétrolière et gazière italienne, détenue à 30 % par l’État, a assumé son rôle d’agent de la souveraineté énergétique du pays, à un moment où  le gaz russe devrait toucher à sa fin . Avant l’offensive ukrainienne, le gaz russe représentait 45 % des importations de gaz de Rome.

« La situation actuelle signifie qu’ENI doit contribuer à répondre aux besoins italiens et européens en gaz », déclare Francis Perrin, directeur de recherche à l’IRIS. « Les relations avec les pays africains ont pris une tournure particulière dans la situation actuelle. C’est une bonne chose pour ENI, qui compte sur les contacts précédemment établis avec les pays producteurs.

Congo-Brazzaville, Mozambique, Egypte…précieux gaz africain

En fait, cette tournée s’inscrit parfaitement dans la stratégie du groupe, qui veut capitaliser sur le gaz africain pour assurer sa propre transition énergétique. Le 18 mars, ENI a publié de nouveaux objectifs de réduction de son empreinte carbone. Son objectif est de réduire ses émissions de CO2 de 35 % d’ici 2030 et d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Ce virage serré devrait lui permettre de développer le gaz naturel (GNL) au détriment du pétrole, puisqu’il devrait représenter 60 % de la production d’énergie. d’ici 2030 et 90 % d’ici 2040, selon les estimations.

ENI affirme avoir 14 billions de pieds cubes (14 TCF) de réserves de gaz à débloquer à court terme et 50 billions (50 TCF) de réserves à exploiter sur une plus longue période. « ENI propose de nombreuses options de gaz. Le projet Congo LNG est intéressant », déclare Greig Aitken de Wood Mackenzie. L’Afrique du Nord sera également là à court terme, tandis que le Mozambique prendra le relais plus tard.

L’Égypte, où ENI produit 65 % de son gaz local (360 000 barils équivalents par jour), avec ses champs de Zohr, Baltim SW et Nooros, montre actuellement la voie. L’Algérie a suivi avec 5,22 milliards de mètres cubes en 2020. Au Mozambique, des découvertes importantes sur le projet offshore Rovuma Coral devraient augmenter la production de GNL à 7,6 millions de tonnes par an lors de sa mise en production.

A Brazzaville, le terminal de liquéfaction, dont la livraison est prévue en 2023, produira 4,5 milliards de mètres cubes par an. Le projet présente un double intérêt : « Le gaz au Congo était historiquement associé à la production de pétrole », explique Aitken, « mais le gaz ne peut plus être torché, il a donc dû être stocké jusqu’à présent. A court terme, avec le GNL, ENI pourra produire plus de pétrole car elle n’aura plus à gérer le stockage de gaz.

Être plus agile dans l’or noir

Même si la production de pétrole doit être réduite, la major transalpine n’a pas renoncé à renouveler son portefeuille de champs pétroliers africains. La découverte de Baleine – en Côte d’Ivoire, où elle prévoit d’investir 1 milliard de dollars dans le développement du gisement, riche d’au moins 1,5 milliard de barils de pétrole et de gaz associé, à partir de 2024 – en est la preuve. Tout comme le champ plus modeste de Zemlet El Arbi (140 millions de barils de pétrole brut), qui a été détecté avec Sonatrach.

« La mise en production de nouveaux gisements n’est pas en contradiction avec une transition énergétique », précise Perrin. « Certains champs déclinent, d’autres vont s’arrêter. De nouveaux seront mis en service, mais cela ne signifie pas que la production globale augmentera. La clé est le timing. ENI mise sur des champs faciles à exploiter et proches des infrastructures existantes. “Les activités d’exploration se concentreront sur les opportunités les moins risquées”, nous a dit la compagnie pétrolière. « 90 % d’entre eux sont situés dans des bassins déjà connus ou dans des zones où nous avons de solides connaissances géologiques.

Une autre méthode d’optimisation de la production d’or noir consiste à lancer des filiales spécifiques. Par exemple, en Angola, ENI s’est associée à BP en mars pour créer une joint-venture baptisée Azule Energy. “En combinant nos portefeuilles, nous prévoyons des économies de 15 % grâce à une efficacité opérationnelle améliorée et à un approvisionnement optimisé”, déclare-t-elle. L’essentiel est qu’Azule pourra lever des fonds tiers et financer sa production pétrolière sans frais pour ses deux actionnaires.

Dans le secteur vert, l’Afrique se limite à la terre

Le continent africain sera donc crucial dans le processus de transition vers le gaz que la major a engagé. Mais cette importance est moins évidente pour le second volet de sa stratégie de transition : les énergies renouvelables. En 2025, 30 % des investissements iront aux « nouvelles énergies »  (éolien, solaire, hydrogène, bioraffinerie). Ce chiffre passera à 60% en 2030 et 80% en 2040. Comme TotalEnergies, ENI a créé une filiale dédiée aux énergies vertes appelée Plénitude. Cependant, la société admet qu’elle restera confinée aux marchés européens plus matures.

“Plenitude se concentre sur les pays où nous pouvons combiner la production d’électricité avec les ventes aux clients finaux”, explique l’entreprise. Ce modèle n’est actuellement pas applicable à la plupart des pays africains, où les ventes sont gérées par des sociétés nationales. Par conséquent, il est possible qu’une partie des investissements de l’Italie soit divulguée aux juridictions africaines, du moins à court terme.

« L’Afrique sera un marché de croissance évident à long terme. ENI devra produire 15 GW d’ici la fin de la décennie et devra le faire pour de nouveaux marchés », déclare Aitken. La concurrence, déjà féroce au Royaume-Uni et aux États-Unis, devrait conduire l’entreprise à envisager des opportunités en Afrique. Pour l’instant, le potentiel du continent est concentré dans le secteur des biocarburants.

“L’Afrique a un potentiel important en biomasse, ainsi qu’en fossiles”, déclare Perrin. ENI privilégiant le solaire, l’éolien et la biomasse, il est logique que cette dernière soit un élément essentiel de sa stratégie, compte tenu de son positionnement en Afrique. Le groupe, qui a signé des accords en Angola, en Algérie, au Bénin, au Congo-Brazzaville, en Côte d’Ivoire, au Kenya et au Mozambique pour produire des biocarburants, notamment à partir d’huile de ricin, développe une bioraffinerie à Mombasa, un prototype pour la future conversion d’une partie de son infrastructure pétrolière en amont. Et elle souhaite que 35 % des besoins en matière première des bioraffineries soient couverts d’ici 2025. Si ENI a de grandes ambitions, nul doute que le très fort potentiel du continent lui permettra de les atteindre. Cela renforcera encore la relation entre la major italienne et l’Afrique.